RÉGIONALES 2021

L’environnement, enjeu incontournable des élections en PACA

Le président sortant, Renaud Muselier (Les Républicains), vante les résultats de son plan climat, « priorité première » de l’action régionale.

Un plan climat tourné vers les bateaux de croisières

« On vient inaugurer un trou ? » Christine Juste, adjointe écologiste à la mairie de Marseille, manie l’humour en ce jour d’avril où Renaud Muselier, président Les Républicains de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, a invité la presse sur le port de Marseille pour présenter un point d’étape de son plan Escales zéro fumée. Le « trou », c’est une énorme tranchée qui doit permettre, d’ici à fin 2022, d’alimenter en électricité une partie des quais où s’amarrent les paquebots de croisière géants. Ces bateaux, dont le nombre d’escales a doublé ces dix dernières années, sont responsables d’une part importante des rejets de polluants atmosphériques dans le ciel de la ville. En restant immobilisés pour cause de Covid-19, ils ont diffusé en mars et avril 2020, selon une étude de l’agence Atmosud, six fois plus d’oxydes d’azote qu’habituellement.

Le projet Escales zéro fumée coûte 30 millions d’euros à la région. Une fois bouclé, il doit permettre aux grosses unités navales qui s’arrêtent à Nice, Toulon et Marseille de mettre leur moteur thermique à l’arrêt. Il constitue l’une des mesures-phares du plan climat lancé en 2017 par la collectivité régionale.

Une région en retard sur le développement des énergies renouvelables

75 % de la population de la région est concentrée sur la bande littorale, la majorité des communes à forte densité de population se trouvent sur la côte méditerranéenne.

Le tourisme met lui aussi le littoral sous pression : on trouve sur la quasi-totalité de la côte plus de 100 lits touristiques par km².

Risques naturels et pollution au cœur du débat régional

Inondations fatales dans les vallées de la Vésubie et de la Roya (Alpes-Maritimes) à la suite de la tempête Alex en octobre 2020, incendies de forêts de plus en plus précoces, sécheresse et, donc, pollution de l’air… En Provence-Alpes-Côte d’Azur, les conséquences du réchauffement climatique frappent le quotidien des populations. Avec le tourisme de masse, l’artificialisation galopante des sols, elles font des questions d’environnement un sujet central dans le débat régional.

Le sud-est de la France est exposé à de nombreux risques naturels, qui, liés à la périurbanisation, touchent de plus en plus d’habitants, plus particulièrement sur la côte où de nombreuses communes déclarent plus de 10 arrêtés de catastrophe naturelle entre 1982 et 2020.

Parmi ces catastophes : des inondations meurtrières et des incendies (surfaces de plus de 1 000 hectares incendiés entre 1989 et 2019)

L’artificialisation des sols liée au développement de l’habitat et des infrastructures dans des espaces auparavant naturels ne permet plus l’infiltration de l'eau dans les sols et renforce les effets de ruissellement en cas d’inondations.

Le « plan climat », un schéma très ambitieux

Renaud Muselier l’a bien compris. Avant même son entrée officielle en campagne mercredi 28 avril, il vantait les résultats de son plan climat. Ce schéma très ambitieux, baptisé « Une COP d’avance », promet la neutralité carbone pour la région en 2050 – après avoir évoqué début 2020 une échéance à 2035, soit quinze ans avant les objectifs nationaux et européens – et englobe une centaine de mesures hétéroclites, toutes rattachées au fil rouge du développement durable, « priorité première » de l’action régionale.

Dans cet inventaire, on retrouve la mise à disposition pour les collectivités locales d’un million d’arbres« dont 800 000 sont déjà plantés », explique M. Muselier –, la mise en circulation de vingt-quatre autocars « décarbonés » sur les lignes express régionales (Aix-Avignon et Aix-Toulon), un fonds d’aide à la conversion des véhicules au bioéthanol, l’installation de 550 bornes de recharge pour les voitures électriques et, bien sûr, le projet Zéro fumée… Symboliquement, le président sortant affirme que 35 % de son budget régional de 2,3 milliards d’euros sont consacrés au plan climat en 2021. Après 30 % en 2020. Au total, 1,3 milliard d’euros investis en trois ans.

Le plan climat amorcé par la région a permis la construction de nombreux parcs naturels nationaux ou régionaux depuis 2010.

Les autres mesures de ce plan consistent majoritairement à rendre le transport plus vert : la région et ses autouroutes saturées compte 4 des 25 villes les plus embouteillées de France. A cela s’ajoutent des lignes ferroviaires parfois en difficulté (plus de 50 trains régionaux par jour).

« Muselier fait du greenwashing »

« Sur le papier, le plan climat ne semble pas mauvais… Mais on ne sait pas très bien ce qui est réellement consommé et les rares évaluations ne sont pas positives. Pour nous, c’est avant tout un plan com », riposte l’ancien vice-président EELV de la région, Jean-Yves Petit.

Deux ans après son lancement, le projet Escales zéro fumée est loin d’être « bouclé » comme aime le dire Renaud Muselier. A Marseille, seuls trois postes à quai – dévolus aux ferries qui font la navette avec la Corse – sont équipés. A Toulon, l’appel d’offres pour les travaux est en cours. A Nice, le profil des escales – à 64 % des yachts – rend les besoins d’électrification moins pressants.

Sur la question des énergies renouvelables, volontarisme affiché et résultats de terrain apparaissent aussi en décalage. Le rapport du Conseil économique, social et environnemental régional publié en décembre 2020, à la demande du président de région Renaud Muselier, souligne l’immensité de l’effort à produire pour coller aux ambitions de l’exécutif. « Il semblerait que la réduction des gaz à effet de serre ne soit pas encore amorcée », note ainsi l’instance.

Une région en retard sur le développement des énergies renouvelables

Solaire : puissance solaire installée au 30 septembre 2020, en mégawatts

Dans leurs annexes, les conseillers évaluent à près de 40 milliards d’euros l’investissement nécessaire d’ici à 2030 pour coller aux objectifs en matière de production d’énergie renouvelable. Ainsi, pour le seul photovoltaïque, la région devra installer chaque année de quoi produire 1 200 mégawatts supplémentaires, « soit plus que l’ensemble des équipements actuellement en service », pointent les conseillers. En 2019, ces nouvelles installations ont représenté seulement 112 mégawatts de plus, selon le rapport annuel de l’Observatoire de l’énergie, du climat et de l’air.

« Muselier fait du greenwashing et porte des modèles qui ne marchent pas », accuse la tête de liste du pôle écologiste Jean-Laurent Félizia. Le paysagiste varois regrette ainsi que, dans les dernières délibérations de la mandature, la région apporte 38 millions d’euros à la deuxième tranche de la liaison routière est-ouest d’Avignon ou soutienne le contournement autoroutier d’Arles, rejetés par une partie des élus locaux et de la population. « On dépense plus pour la route que pour le train », souffle-t-il.

Face aux critiques, le sortant compte, lui, sur le soutien de ce qu’il définit comme des « écologistes raisonnables ». « Ceux qui ne sont pas contre les sapins de Noël, le Tour de France et ne veulent pas enlever la viande des cantines », caricature-t-il avec délice.